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Nathalie TRUBUIL

Agricultrice à Saclay (91), portrait et témoignage.

Ce portrait a été réalisé en janvier 2009. Les informations sont susceptibles d'avoir évolué. Consulter la fiche « producteur » dans notre catalogue.
Fiche ancien modèle.


Situation de l’exploitation

Du plateau de Saclay, vous verrez aussi bien la Tour Eiffel que la Tour Montparnasse. A 20 km de Paris, vous vous retrouvez en plein champ. Mais pour combien de temps encore... ?


Historique de l’exploitation : de père en fille, du maraîchage aux grandes cultures en passant par l’élevage

La famille TRUBUIL exploite sur le plateau de Saclay depuis les années 30. A l’origine, le grand-père de Nathalie se lance dans la production maraîchère sur quelques hectares. Au fil des années, l’exploitation s’agrandit pour compter dans les années 70, 110 ha dont la moitié servait à la production de légumes et de pommes de terre vendus à la ferme, aux halles et aux collectivités locales. La ferme employait jusqu’à 25 ouvriers venus de Bretagne et du Portugal, logés sur place. A l’époque, le corps de l’ancienne ferme familiale situé en plein centre du village était le bâtiment qui abrite aujourd’hui les locaux de la mairie de Saclay. Pour l’anecdote, le maire siège désormais dans l’ancienne chambre du père de Nathalie ! L’ensemble des écoles du village servait autrefois de granges et d’habitat pour loger les ouvriers.


Les parents de Nathalie et leurs trois filles choisissent dans un premier temps de quitter les terres familiales pour s’installer dans le Loiret en 1975. En effet, sous Georges Pompidou, le plateau de Saclay était déjà vouéé à l’urbanisation. Le père de Nathalie y élève des moutons tandis que sa mère s’occupe d’un élevage de lapins. La ferme ne compte que 95 ha, les rendements en blé sont moyens et les trois petites filles dorment dans la même chambre mais la période est heureuse.

En 1987 cependant, le grand-père de Nathalie décide de prendre sa retraite. Les 55 ha de maraîchage ont été convertis en grandes cultures en 1975. Le grand-père, avec 110 ha en grandes cultures, employait un ouvrier. Le père de Nathalie reprend donc cette exploitation de grandes cultures et s’agrandit peu à peu : en 2005, il produit sur 280 ha en son nom et réalise 200 ha de travail à façon.


Nathalie, une envie : devenir agricultrice
Pendant ce temps, Nathalie suit des études d’horticulture chez TECOMAH. Après 6 ans de formation en horticulture et aménagement paysager, elle entreprend une formation commerciale. Employée en tant que chef de rayon dans des entreprises de jardinerie, puis en tant que merchandiser chez DIM, elle est néanmoins présente systématiquement sur l’exploitation familiale chaque été pour participer à la moisson. Mutée à Paris en 2005, elle continue d’exercer chez DIM mais l’heure de la retraite approche pour son père et l’envie de devenir agricultrice démange Nathalie...

Elle s’installe donc le 1er janvier 2008 en tant qu’agricultrice après avoir suivi un stage de formation, le « stage 40h ». Nathalie connaît son métier, c’est son père qui le lui a appris. Elle l’exerce désormais avec passion aidée d’un ouvrier agricole, au besoin par son père.


Des circuits courts en grandes cultures

En 2008, Nathalie, alors maman d’une petite fille de 3 ans, s’installe sur 118 ha, son père continuant de cultiver 169 ha. Les terres qu’elle exploite sont idéalement découpées en 3 grandes parcelles et situées tout autour du siège d’exploitation, à 2 km de distance au maximum, fait rare en Ile-de-France. La plus grande parcelle, en face de la ferme, vallonnée, est surplombée par la ferme d’Arpentis: un havre de paix.

Nathalie a pris le parti pour la campagne 2008-2009 de réaliser l’assolement suivant :
• 47 ha de blé
• 19 ha de colza
• 25 ha de féverole
• 25 ha de maïs


Sensible au développement durable, Nathalie a à cœur de commercialiser le plus localement possible ses productions, limitant ainsi le transport de marchandises. Les circuits courts, bien connus des filières spécialisées telles que le maraîchage, l’arboriculture ou encore l’élevage, sont moins répandus en grandes cultures. Et pourtant ! Même si Nathalie ne commercialise pas directement son blé à ses voisins urbains qui s’en trouveraient vraisemblablement bien embarrassés, elle a réussi à trouver des acheteurs locaux pour ses productions.

Ainsi, après avoir été pesé sur un pont à bascule, le blé est stocké dans le hangar de 2 200 m² bâti sur l’exploitation de son père. II est ensuite vendu à des meuniers de la région.


Le colza sert à la production de Diester mais également à l’alimentation humaine et animal ; il est commercialisé dans l’Oise. Le maïs est vendu à une usine locale d’alimentation du bétail et nourrit les élevages de poules du département. Seule la féverole, dont la qualité permet souvent d’être commercialisée pour l’alimentation humaine, ne trouve pas d’amateur sur le marché français : elle est donc destinée à l’exportation vers l’Egypte.

A noter, jusqu’à l’an dernier la ferme produisait de l’escourgeon pour l’alimentation du bétail, mais les milliers de pigeons ramiers présents sur le plateau 4 mois durant ont contraint Nathalie à arrêter cette culture. En effet, un champ peut être dévoré en quelques jours si aucune protection pour la culture n’est mise en place (lancement de fusées détonnantes, chasseurs, épouvantails….).


Critères de qualité des féveroles requis
pour l’export vers l’Egypte


Humidité max. 15%
Impuretés diverses max. 1%
Grains bruchés (et/ou piqués) max. 2%
Grains cassés/splittés max. 5%
Couleur des grains : claire
Taille des grains : uniforme

Qualité des blés

Le critère « panifiable » pour un blé est un gage de qualité.

En France, contrairement au Danemark, où la réduction de produits phytosanitaires a conduit à une production d’un blé non panifiable, 94% des blés sont panifiables.

Différentes variables sont mesurées pour calculer la qualité du blé, telles que le taux de protéines qui doit être supérieur à 10% ou le poids spécifique dit PS (masse de 100 litres de grains indiquée en kg par hectolitre) qui doit être supérieur à 76.


Une qualité de terre, une qualité de climat, une qualité des productions
Le plateau de Saclay jouit d’une excellente qualité des terres, qui bien que caillouteuses sont trèès fertiles. Mais cela n’irait pas sans le climat régnant sur le plateau qui conduit à produire des blés panifiables d’excellente qualité : les blés produits par Nathalie ont un taux de protéines de 11,5% et un PS (cf. encart) qui avoisine les 80 !


Le Plateau de Saclay : contre la dévoreuse urbanisation

Idéalement situé à quelques kilomètres seulement de Paris, le plateau de Saclay a toujours été convoité par bon nombre d’acteurs du développement urbain, comme en témoigne ce dessin datant des années 90...



Et voilà que depuis le début du mois de novembre a officiellement été présenté par Christian Blanc, secrétaire d’Etat, un nouveau projet de « cluster » (pôle d’excellence scientifique et technologique) implanté sur le plateau, alors que depuis 2005, une opération d’intérêt national (OIN), opération d’urbanisme sur laquelle l’Etat garde la mainmise, est en place.

Une vingtaine de communes est concernée par le cluster qui regrouperait à l'horizon 2020 : 47 000 étudiants (doctorants compris), 17 000 employés de la recherche publique (10% du total national), 20 000 employés de la recherche privée (10% du total national), ainsi que 35 000 nouveaux habitants (étudiants compris) ! Un projet de très grande ampleur donc, qui implique... une main basse sur le foncier et donc... sur les terres agricoles, considérées comme une réserve d’espace. Plusieurs agriculteurs seraient touchés par ce projet, dont une exploitation qui serait totalement rayée de la carte.


Si les terres sur lesquelles Nathalie est fermière semblent épargnées par ce projet, les parcelles louées par son père, en revanche, se voient amputées de 60 ha et de 100 ha environ de travail à façon réalisés par Nathalie et son père : Nathalie effectue la protection et la fertilisation des cultures et la moisson sur 240 ha tandis que son père est chargé du travail du sol et des semis. Or, une partie des terres louées par son père devait être cédée à Nathalie qui avait réalisé préalablement à son installation une étude intégrant cet agrandissement et avait investi en conséquence.


Ce projet soudain, supprimant l’outil de travail de base des agriculteurs, est incompatible avec les impératifs de visibilité à moyen terme d’une activité agricole, activité économique à part entière. Dans le cas de Nathalie, il handicape donc clairement la jeune femme dans ses nombreux projets pour continuer à faire marcher son entreprise. Bétonner une terre si fertile en indigne plus d’un et le père de Nathalie est de ceux là. Les aménageurs du territoire ne devraient-ils pas avoir le réflexe, au contraire, de préserver ces terres si naturellement productives afin que les générations futures puissent se nourrir correctement en connaissant leur lieu de production ?



Des projets plein la tête

Confrontée, comme tous les agriculteurs, à la fluctuation des prix des matières premières et face, cette année à nouveau, à des prix peu rémunérateurs, Nathalie souhaite se diversifier.

Premier maillon de la filière « boulangerie » et dans un souhait permanent de produire au niveau local, l’idée germe petit à petit de, pourquoi pas, un jour, transformer directement cette matière première en brioches ou autres bons petits pains du terroir ? ! Les chevaux intéressent également Nathalie : monter une pension de chevaux ou produire de la paille pour les haras des alentours sont d’autres pistes à explorer.

Entre les projets d’agriculteurs dynamiques et la volonté de l’Etat d’urbaniser cette belle campagne, que va t-il se passer finalement ? L’avenir le dira. Pour l’instant souhaitons un bon « premier anniversaire d’installation» à cette chef d’entreprise agricole pleine d’entrain, à suivre cependant de très près !

Nathalie TRUBUIL

Route de Vauhallan
91400 - Saclay
Portable : 06.37.79.48.26
Email : trubuil.nathalie@orange.fr

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